Incidence et facteurs de risque de la séroconversion au virus de l'hépatite C dans une cohorte d'usagers de drogue intraveineux du nord-est de la France

Publié le 1 Juillet 2006
Mis à jour le 10 septembre 2019

Position du problème : Le but de cette étude prospective était d'évaluer l'incidence et les facteurs de risque de l'infection par le virus de l'hépatite C (VHC) dans un groupe de toxicomanes du Nord et de l'Est de la France. Méthodes : Un suivi trimestriel pendant 12 mois ou jusqu'à séroconversion VHC a été proposé à 231 sujets toxicomanes ayant des Ac anti-VHC, anti-VIH et l'AgHBs négatifs et ayant utilisé la voie intraveineuse au moins une fois dans la vie. Une recherche des Ac anti-VHC, de l'AgHBs et des Ac anti-VIH sériques était effectuée à l'inclusion et en fin de suivi. Un contrôle des Ac anti-VHC ELISA sériques était effectué en cas de positivité des Ac anti-VHC dans la salive. À l'inclusion et à chaque suivi, un questionnaire comportant des données démographiques et détaillant les pratiques de consommation et d'injection des drogues était administré et une recherche d'Ac anti-VHC sur prélèvement salivaire effectuée. Résultats : Parmi les 231 sujets inclus, 165 (71,4 %) ont bénéficié d'un suivi et d'une sérologie VHC finale. L'incidence de la séroconversion VIH était nulle et celle du VHC était de 9 % (IC 95 % ; 4,6-13,4) personnes-années. L'incidence était de 11 % (IC 95 % ; 4,7-17,1) personnes-années dans la sous-population des usagers actuels (ayant injecté au moins une fois dans les 6 mois précédant l'inclusion). L'analyse multivariée à partir des données d'inclusion montre que seul le sexe féminin était un facteur prédictif indépendant de séroconversion VHC. À partir des données de suivi, l'analyse multivariée montre que seuls les partages de seringue et de coton étaient des facteurs prédictifs indépendants de séroconversion VHC. Le risque relatif ajusté de séroconversion était estimé à 16,4 (IC 95 % ; 1,4-190,6 : p < 0,05) parmi les usagers qui partageaient le coton et à 6,3 (IC 95 % ; 1,1-35,4 : p < 0,05) parmi ceux qui partageaient la seringue. Conclusion : L'incidence de l'hépatite C reste élevée malgré les mesures de prévention. Cette étude rappelle le rôle du partage de seringue et confirme celui du partage du coton.

Auteur : Bruandet A, Lucidarme D, Decoster A, Ilef D, Harbonnier J, Jacob C, Delamare C, Cyran C, van Hoenacker AF, Fremaux D, Josse P, Emmanuelli J, Le Strat Y, Filoche B, Desenclos JC
Revue d'épidémiologie et de santé publique, 2006, vol. 54, n°. HS1, p. 1S15-1S22