Une épidémie d'appendicectomies à la Désirade, Guadeloupe, août 1995-juillet 1996

Publié le 1 December 2005
Mis à jour le 10 septembre 2019

Contexte : En octobre 1995, une cinquantaine de cas d'appendicite aiguë survenus au sein de la population de l'île de la Désirade (1 605 résidants) sont signalés à la DDASS par l'unique médecin de l'île. Nous présentons l'ensemble des investigations qui ont été menées afin de décrire ce phénomène et générer des hypothèses quant à son origine. Méthodes : Une recherche exhaustive des cas d'appendicectomies survenus entre le 10 août 1995 et le 22 juillet 1996 au sein de la population a été réalisée. Nous avons étudié l'ensemble des dossiers d'hospitalisation disponibles, expertisé les lames d'appendicectomies, interviewé les cas et leurs familles afin de reconstituer les histoires cliniques individuelles et familiales, étudié la prévalence du portage infectieux et parasitaire au sein de la population, et étudié la qualité de l'eau du réseau de distribution. Résultats : Deux cent vingt-six cas d'appendicectomies ont été identifiés (14,1 % de la population de l'île) ; 40 % au cours de la période mai-juin 1996 ; 46 % chez les hommes et 40 % chez les enfants âgés de moins de 15 ans. Les données cliniques, biologiques et anatomopathologiques ne sont pas en faveur de l'existence d'une épidémie d'appendicites aiguës ou de syndromes appendiculaires aigus. Les enquêtes épidémiologiques menées auprès des cas et de leur famille ne permettent pas d'évoquer un phénomène de toxi-infection collective ou d'infection à transmission inter-humaine. Cependant, elles révèlent l'existence fréquente de symptômes douloureux abdominaux non spécifiques, d'allure subaiguë ou chronique. Les examens de selles réalisés dans la population ne montrent pas d'infestation parasitaire, ni de contamination bactérienne anormalement fréquentes. Les résultats du contrôle sanitaire de l'eau de distribution sont conformes à la réglementation et les analyses spécifiques effectuées ne montrent pas de contamination chimique de l'eau. Conclusions : L'ensemble des investigations menées n'a pas permis d'identifier une cause unique d'origine infectieuse ou toxique à l'origine d'une prévalence élevée de troubles abdominaux chroniques au sein d'une population isolée. Dans ce contexte insulaire, une réponse médico-chirurgicale inappropriée a sans doute été à l'origine de cette épidémie d'appendicectomies aux conséquences non négligeables en termes de santé publique. (R.A.)

Auteur : Quenel P, Infuso A, Mazille V, Goulet V, Brousse N, Ledrans M, Corbion B
Revue d'épidémiologie et de santé publique, 2005, vol. 53, n°. 6, p. 581-90