Facteurs de risque de survenue des syndromes hémolytiques et urémiques liés à une infection à Escherichia coli producteur de shiga-toxines chez les enfants âgés de moins de 15 ans en France. Etude cas-témoins nationale 2000-2001

Publié le 1 Juin 2003
Mis à jour le 10 septembre 2019

Le syndrome hémolytique et urémique (SHU), majoritairement lié à des infections à Escherichia coli producteurs de shiga-toxine (STEC), est la principale cause d'insuffisance rénale aiguë chez l'enfant de moins de 3 ans. En France, presque tous les SHU sont sporadiques. En l'absence de traitement spécifique des SHU et des infections à STEC, il est important d'identifier les facteurs de risque de survenue de ces infections, afin d'élaborer et de mettre en oeuvre des mesures de prévention et de contrôle adaptées. Une étude cas-témoins nationale a donc été conduite en 2000 et 2001 afin d'identifier les facteurs de risque des SHU sporadiques chez les enfants de moins de 15 ans. Cent-cinq cas de SHU typiques (avec diarrhée prodromique) identifiés par le réseau de néphrologues pédiatres participant à la surveillance du SHU, ont été comparés à 196 témoins appariés sur l'âge, le sexe et le lieu de domicile et sélectionnés par le médecin traitant du cas. Pour 61 cas, une infection à STEC a été confirmée par recherche des anti-corps dirigés contre le lipopolysaccharide de 26 séro-groupes de STEC. Les cas et les témoins ont été interrogés par téléphone avec un questionnaire standardisé recueillant des informations socio-démographiques et cliniques et les expositions (alimentaires, hydriques, animales, environnementales et humaines) pendant la période des sept jours précédant la date de la diarrhée du cas. Des analyses ont été conduites sur l'ensemble des SHU et sur les SHU confirmés à STEC. Des analyses stratifiées par âge (< ou =1 an et > 1 an) et par saison (période mai-septembre et octobre-avril) ont été réalisées. En analyse univariée, l'existence de cas de diarrhée dans la famille (OR : 6,9 ; IC95% : 3,1-17,3), l'existence de diarrhée dans la collectivité fréquentée par le cas (OR :3,3 ; IC95% : 1,3-8,9), la consommation de steak haché peu cuit (OR : 2,0 ; IC95% : 1,1-3,8) et la consommation d'eau de puits (OR : 5,9 ; IC95% : 1,1-59,0) étaient statistiquement associées à la survenue d'un SHU typique. L'association avec la consommation d'eau de puits était plus forte pendant la période mai-septembre (OR : 30,6 ; IC95% : 1,2-767,4). Pendant cette même période, les contacts avec des bovins étaient également associés à la survenue d'un SHU confirmé à STEC (OR :14,2 ; IC95% : 1,9-631,0). En analyse multivariée, la survenue d'un SHU typique était indépendamment associée à la consommation de steak haché peu cuit (OR : 5,5 ; IC95% : 1,4-21,8), à l'existence de cas de diarrhée dans la collectivité (OR : 5,7 ; IC95% : 1,0-32,5) et à l'existence de cas de diarrhée dans la famille (OR : 3,7 ; IC95% : 1,1-12,4). Nos résultats indiquent que la consommation de steak haché peu cuit et la transmission interhumaine dans la famille ou dans la collectivité sont les principaux facteurs de risque de survenue des SHU liés à une infection à STEC chez les enfants de moins de 15 ans en France. Afin de sécuriser la consommation de viande hachée de boeuf, notamment pour les consommateurs les plus susceptibles (jeunes enfants, personnes âgées et malades), une réflexion doit être menée autour de l'analyse et la gestion de ce risque. Des mesures doivent être appliquées à tous les niveaux, de la production à la consommation. Les mesures d'hygiène classique doivent être rappelées et mises en oeuvre rapidement en cas de survenue de cas de diarrhée dans une collectivité ou dans la famille. Le contact des jeunes enfants avec des bovins ou leur fumier doit être évité, ainsi que la consommation d'eau de puits ou de source privée non traitée. (R.A.)

Auteur : Vaillant V, Espie E
Année de publication : 2003
Pages : 104 p.