Epidémie de Dengue à Saint-Martin (Guadeloupe). Rapport d'investigation

Publié le 1 Novembre 2004
Mis à jour le 5 juillet 2019

Il y a une vingtaine d'années, un système de surveillance de la dengue a été mis en place en Guadeloupe et dans ses dépendances, afin de détecter la survenue des épidémies, d'orienter les actions de lutte antivectorielle par le suivi spatio-temporel des cas de dengue et d'identifier les sérotypes en circulation. Ce système de surveillance est composé de deux volets principaux : - le volet clinique de surveillance des cas suspects par un réseau de médecins sentinelles - le volet sérologique de surveillance des cas confirmés par un réseau de laboratoires A Saint-Martin, le réseau sentinelle est constitué de deux médecins généralistes (sur 18 médecins installés) et d'un médecin hospitalier. Chaque semaine, les médecins sentinelles sont contactés par téléphone par l'infirmière de la Cellule de veille sanitaire (CVS) de la DSDS. Les données recueillies sont le nombre de cas suspects de dengue ayant consulté lors de la semaine précédente et le nombre de cas suspects hospitalisés. Les sérologies de dengue sont réalisées sur place par un laboratoire privé d'analyses de biologie médicale (LABM-L) qui utilise un kit du commerce (Eurobio). La liste des sérologies positives est ensuite communiquée par télécopie au médecin inspecteur de la DSDS chargé de la veille sanitaire. Le médecin inspecteur transmet ensuite au service de lutte antivectorielle (LAV), les adresses ou les quartiers de résidence de tous les cas confirmés et hospitalisés et des cas suspects groupés. Ces informations permettent de réaliser les investigations entomologiques et de mettre en place les actions de lutte contre le vecteur. Ainsi, la dernière épidémie de dengue survenue dans les Antilles a pu être suivie par ce dispositif. Elle s'est déroulée de septembre 2001 à janvier 2002 et a été provoquée par le sérotype DEN-3. Elle a touché plusieurs pays de la Caraïbe ainsi que le Venezuela et le Brésil. Depuis, aucune épidémie importante ne s'est déclarée en Guadeloupe et dans ses dépendances. Rappelons toutefois, qu'un foyer épidémique est apparu de façon concomitante sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy entre décembre 2002 et janvier 2003 ; 31 cas suspects et 2 cas confirmés avaient alors été recensés à Saint-Martin, 30 cas suspects et 6 cas confirmés à Saint-Barthélemy. Il est d'observation courante que les épidémies de dengue débutent généralement de manière très localisée et que leur propagation soit lente à la phase initiale. Il peut ainsi s'écouler un délai important (plusieurs semaines) avant que le système de surveillance ne détecte une augmentation anormale de cas et que des interventions puissent être organisées, souvent trop tardivement pour être en mesure de ralentir la transmission du virus et d'éviter l'extension de la maladie. En effet, le réseau des médecins sentinelles de la Guadeloupe et de ses dépendances ne représente qu'un cinquième à un dixième des médecins selon les zones, et la prescription d'une sérologie, loin d'être systématique, ne concerne qu'un patient sur dix, même en période interépidémique, et ce, malgré les recommandationsé mises depuis 1998. C'est pourquoi, il a été recommandé qu'en période interépidémique, une investigation soit déclenchée autour de tous les cas confirmés ambulatoires, de tous les cas suspects hospitalisés et de tous les foyers1 de cas suspects signalés par les médecins sentinelles ou spontanément par des médecins n'appartenant pas au réseau. Cette investigation a pour objectif de documenter et de valider un éventuel foyer épidémique afin de déclencher des mesures de lutte antivectorielle. Elle doit comporter : - un volet entomologique (identification du vecteur, typologie des gîtes, appréciation des indices entomologiques, ...) - un volet épidémiologique (recherche et recensement d'autres cas suspects et/ou confirmés auprès des médecins et des laboratoires de la zone concernée, ou directement auprès des foyers visités) A ce jour, il n'existe pas en Guadeloupe, de protocole d'investigation, ni de fiche de conduite à tenir. De tels outils doivent donc être élaborés en se basant sur l'expérience acquise lors de différentes interventions. Ces fiches pourront s'inspirer de celles actuellement utilisées par le service de démoustication de Martinique, établies en 2000. (R.A.)

Auteur : Malon A, Chaud P, Gustave J
Année de publication : 2004
Pages : 36 p.