Mobilité quotidienne et déterminants territoriaux du recours au frottis du col de l'utérus dans le Grand Paris.

Publié le 7 Juin 2016
Mis à jour le 10 septembre 2019

Environ 6 millions de frottis de dépistage du cancer du col utérin (FCU) sont réalisés annuellement en France, mais seulement 10% des femmes en bénéficieraient dans l'intervalle recommandé. Les inégalités socio-territoriales de ce dépistage sont donc importantes à étudier, pour elles-mêmes et pour le modèle qu'elles peuvent représenter en matière de recours à un dépistage médicalisé opportuniste. À partir des données de 2010 de la cohorte SIRS (Santé, inégalités et ruptures sociales) conduite dans les quatre départements centraux franciliens, nous avons étudié les déterminants territoriaux du recours au FCU en prenant en compte certaines caractéristiques individuelles des femmes (âge, niveau d'éducation, couverture maladie, vie de couple, espace d'activité) et en accordant une attention particulière aux différents quartiers qu'elles pouvaient être amenées à fréquenter quotidiennement. Une analyse stratifiée sur leur espace d'activité montre que le fait d'habiter dans un quartier faiblement doté en médecins généralistes et gynécologues n'était associé à un risque significativement plus élevé de retard de dépistage que chez les femmes dont l'espace d'activité était restreint à leur quartier de résidence. Chez les femmes actives et mobiles, la densité médicale d'aucun des trois quartiers fréquentés étudiés n'était associée à leur recours au FCU, mais résider et se rendre régulièrement dans des quartiers aux faibles revenus était associé à un risque plus élevé de retard. La prise en compte des effets de contexte pour mieux comprendre les inégalités infra-urbaines de santé est un enjeu de recherche qui, bien que mobilisant des concepts et des méthodes en pleine évolution, apporte déjà des enseignements pour la santé publique. Nos résultats mettent ainsi en lumière la situation particulière des femmes les plus défavorisées et les moins mobiles, pour lesquelles l'offre de soins de proximité est importante, et montrent, pour les autres, la limite de ne s'intéresser qu'aux seuls quartiers de résidence dans l'analyse des facteurs contextuels liés aux recours aux soins.

Auteur : Chauvin P, Traore M, Vallee J
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 2016, n°. 16-17, p. 282-8