Surveillance et détection des événements inhabituels en toxicovigilance : revue des méthodes pertinentes

Publié le 1 Avril 2015
Mis à jour le 5 juillet 2019

Position du problème - Les cas déclarés d'exposition associés à des agents potentiellement toxiques sont collectés dans une base nationale et représentent en moyenne 200 000 cas annuels dont 75 000 à 80 000 cas symptomatiques. Ces données sont actuellement exploitées pour documenter des signaux émanant de partenaires institutionnels locaux (centre hospitalier, agence régionale de santé), nationaux (agence sanitaire) ou internationaux (Rapid Alert System for Food and Feed [RASFF]). Le réseau de toxicovigilance souhaite développer un programme de détection automatisée des événements inhabituels dans le but d'identifier le plus tôt possible des signaux présentant une menace potentielle pour la santé publique. Pour répondre à l'objectif de ce programme, il est nécessaire de dresser l'inventaire des méthodes pour la surveillance et la détection automatisée des événements inhabituels pouvant être utilisées dans le cadre de la toxicovigilance. Méthodes - Une revue de la littérature a été conduite via Scopus® et Pubmed®, complétée par la littérature grise ainsi que par la consultation des informations disponibles sur les sites Internet des systèmes de vigilance. Résultats - Les méthodes les plus couramment utilisées, notamment pour la pharmacovigilance, sont les mesures de disproportion. Certaines d'entre elles sont utilisées pour une activité de détection en routine. Les critères de génération de signal diffèrent peu selon les systèmes mais ces derniers ont mis en place des stratégies de filtrage des données, pré- ou post-analyse, afin de réduire la quantité de signaux générés et d'améliorer leur priorisation. Ces signaux sont ensuite transmis à un comité d'experts pour une évaluation clinique et épidémiologique, et éventuellement pour un retour au dossier médical du patient. On note néanmoins un intérêt pour d'autres approches, telles que les méthodes de surveillance des séries de données temporelles ou encore les méthodes symboliques utilisées jusqu'à présent en pharmacovigilance. Ces dernières permettent d'extraire des règles d'association entre un ou plusieurs médicaments et un ou plusieurs effets secondaires, avec la possibilité d'intégrer d'autres variables telles que démographiques. Le développement d'algorithmes spécifiques basés sur des approches probabilistes empiriques a également fait l'objet de récents travaux de recherche. Conclusion - Les méthodes de détection de signal utilisées en pharmacovigilance présentent un intérêt certain pour le programme de détection automatisée du signal en toxicovigilance. Une étape préalable au développement de ces approches nécessite d'étudier la qualité statistique des données et de cibler les événements détectables et à détecter en fonction des données disponibles.

Auteur : Faisandier L, Fouillet A, Bicout DJ, Golliot F, Ahmed I, Bringay S, Eilstein D
Revue d'épidémiologie et de santé publique, 2015, vol. 63, p. 119-31