Pour de nouveaux indicateurs de qualité des enquêtes téléphoniques par sondage aléatoire.

Publié le 22 Avril 2011
Mis à jour le 5 juillet 2019

Position du problème - En France, lors de la présentation d'une enquête par sondage aléatoire, le taux de non-réponse est souvent retenu comme critère unique de qualité. Il est en effet considéré que la non-participation peut être à l'origine de biais dans l'estimation des indicateurs produits à partir des données recueillies. Or la variabilité importante des taux de non-réponse rapportés dans des enquêtes utilisant pourtant des méthodes identiques interroge non seulement sur la méthode même de construction de ces indicateurs mais également sur leur signification comme indicateur de qualité. Méthodes - Cette question sera abordée à travers une analyse détaillée du fichier de consommation des adresses de deux enquêtes réalisées en France selon un protocole identique de recueil de données mais dont les taux de non-réponse sont très différents, allant du simple au double. Résultats - Les deux enquêtes comparées affichent en effet des taux de refus respectifs de 35,6 % pour l'enquête Nicolle et 18,3 % pour le KABP sida. Pour autant, le nombre de numéros de téléphone nécessaire pour réaliser une interview est plus élevé pour l'enquête KABP : 2,8 adresses ont été nécessaires pour aboutir à la réalisation d'une interview, 2,1 adresses pour l'enquête Nicolle. En considérant à présent, non plus exclusivement, les taux de refus qui demeurent différents, on s'aperçoit que ces deux enquêtes ont globalement un taux de participation identique, à savoir 55,1 % pour l'enquête Nicolle et 56,2 % pour le KABP sida. Ce résultat, invisible si l'on se contente du taux de refus, résulte d'un nombre de numéros de téléphone codés comme non utilisables plus important pour l'étude KABP. Conclusion - Il paraît indispensable de ne plus se contenter de présenter le taux de refus comme unique critère qualitatif d'un terrain d'une enquête par sondage aléatoire en santé publique, en utilisant par exemple les travaux de l'AAPOR. Une alternative, qui nous paraît d'un usage plus aisé, serait de prendre un ensemble de trois taux dont la somme atteindrait 100 % (participation, refus, échec d'exécution). Cela apporterait une information plus intéressante et moins trompeuse que le taux de refus.

Auteur : Guilbert P., Beltzer N., Gautier A., Warszawski J., Riandey B.
Revue d'épidémiologie et de Sante Publique, 2011, vol. 59, n°. 2, p. 91-96