Risques toxiques liés à l'exposition aux polychlorobiphényles. Etude de l'incendie de la papeterie de Vénizel. Modalités de l'intervention, dispositif de surveillance médicale, évaluation des risques

Publié le 1 Juin 2003
Mis à jour le 10 septembre 2019

Le 18 juin 2001 dans la nuit, survenait un incendie dans une papeterie de l'Aisne, dans laquelle étaient installés des transformateurs électriques au pyralène. Sauveteurs et population ayant pu être exposés au PCB et dioxines, des mesures de contrôle et de protection de la santé ont été prises par le Préfet. La Cellule Inter Régionale d'Epidémiologie (CIRE) a été sollicitée pour apporter son appui pendant toute la durée de l'événement. Après réouverture de l'usine, il lui a été demandé de faire un retour sur la gestion de l'accident et l'évaluation des expositions. Méthodes: Pour répondre au premier objectif, tous les documents produits pendant l'évènement ont été consultés et les intervenants (DDASS et DRIRE) ont été entendus. Pour le second objectif, l'exposition des populations a été estimée à partir des mesures de dioxines et PCB faites dans l'atmosphère, le sol et les végétaux d'une part, les habitudes alimentaires et les constantes physiologiques d'autre part. résultats: Le Préfet a réuni une cellule de crise dans laquelle la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales a été intégrée avec retard. Les principales décisions ont été un suivi médical des populations exposées, l'interdiction de la consommation des végétaux produits localement et une dépollution environnementale. L'exposition aiguë des personnes exposées par inhalation de dioxines pendant les quelques heures de l'incendie a été estimée pour un adulte en activité (pompier) à 0,0007 pg TEQ/kg/j. L'exposition aiguë par ingestion, pour des personnes, qui n'auraient consommé comme fruits et légumes que ceux produits dans la zone, a été estimée, pour les 48 heures précédent l'interdiction de consommation, à 4,7 pg TEQ/kg/jour pour les adultes et à 9,4 pg TEQ/kg/jour pour les enfants. L'exposition chronique d'enfants de 2 à 6 ans par ingestion de poussière de sol contaminé a été estimée à 0,0467 pg/kg/jour en prenant une hypothèse d'ingestion de poussières de 400mg. Dicussion: Au regard de l'estimation des expositions, il apparaît que les mesures de contrôle ont été suffisantes. Cependant, l'alerte tardive de la DDASS a entraîné le suivi médical d'un trop grand nombre de personnes. Les expositions liées à l'incendie ont été faibles et par conséquent le risque ajouté est probablement très bas. Dans l'approche "avec seuil " (OMS), le niveau d'exposition est inférieur à la dose journalière admissible, tant pour les effets aigus que pour les effets chroniques. Dans l'approche " sans seuil " (US EPA), pour une exposition d'un enfant par ingestion de poussières de sol de 4 années, l'excès de risque individuel serait de 0,000019 pour la vie entière. Conclusion: Après cet accident et son étude, nous recommandons de faire, lors de tels évènements, une évaluation des risques scientifique et rigoureuse, ceci permettant de relativiser le risque et de faciliter leur compréhension par la population et leur gestion par les autorités administratives. Pour cela, il est nécessaire que les acteurs de santé publique soient associés dès le début à la gestion de l'événement. (R.A.)

Auteur : Sarthou S, Heyman C, Pisson C
Année de publication : 2003
Pages : 60 p.