Analyse commentée. Fécondabilité et exposition des parents au dioxyde de soufre dans l'air ambiant. Numéro thématique. Pollution atmosphérique et reproduction

Publié le 1 Juin 2006
Mis à jour le 5 juillet 2019

Cet article est une analyse commentée d'une étude publiée dans la revue Environ Health Perspect 2000;108:647-654. A la fin des années 1980, des observations réalisées à Teplice (Bohème du Nord, République Tchèque), une ville hautement polluée, avaient indiqué une possible diminution du taux de natalité pendant des périodes de fortes concentrations de dioxyde de soufre dans l'air ambiant. Cette association possible entre pollution et un marqueur de fécondité (nombre d'enfants) a incité les auteurs de la présente étude à caractériser l'association entre pollution atmosphérique et fécondabilité. La fécondabilité des couples est la probabilité de grossesse au cours d'un cycle menstruel sans contraception ; elle dépend de plusieurs étapes de la fonction de reproduction et, en particulier, du bon déroulement de la gamétogenèse chez la femme et l'homme, du transfert des spermatozoïdes jusqu'à l'ovocyte, de la fécondation, de l'implantation et de la survie embryonnaire au cours des premières semaines suivant la conception (fausses-couches précoces non détectées cliniquement). Une altération de la fécondabilité peut être le signe d'une altération d'une de ces étapes. Certains facteurs environnementaux se sont révélés susceptibles d'influencer la fécondabilité, mais l'impact de la pollution atmosphérique n'avait jamais été étudié. Cette étude est à notre connaissance une des premières à décrire l'association entre l'exposition à un polluant atmosphérique et la fécondabilité ; sa principale limite réside dans le choix de la fenêtre d'exposition, qui n'est pas adaptée à l'événement étudié. Les auteurs étudient la probabilité de grossesse au cours du premier mois sans contraception en relation avec les niveaux atmosphériques de SO2 deux mois avant la conception. Si le choix de cette fenêtre d'exposition est pertinent pour les couples ayant conçu dans le mois suivant l'arrêt de la contraception, il ne l'est pas pour ceux ayant mis plus de temps avant d'obtenir une grossesse. Cette étude est, du fait d'une approximation importante dans la définition de la fenêtre d'exposition, peu informative quant à un effet éventuel de la pollution atmosphérique sur la fécondabilité. L'existence de travaux indiquant un effet possible de la pollution atmosphérique sur les caractéristiques spermatiques incite à considérer cette question comme ouverte.

Auteur : Maitre A, Slama R
Extrapol. Epidémiologie et pollution atmosphérique. Analyse critique des publications internationales, 2006, n°. 28, p. 12-4