Usages et effets des insectifuges cutanés chez les nourrissons lors de l'épidémie de chikungunya à La Réunion en 2005-2006 : étude INR 2009

Publié le 22 Février 2011
Mis à jour le 5 juillet 2019

Contexte - Durant l'épidémie de chikungunya sur l'île de La Réunion en 2005-2006, les recommandations de mesures de protection antimoustique individuelle par répulsifs à l'attention des jeunes enfants ont varié. Afin de mesurer la fréquence et d'identifier les modalités d'usage, le spectre et l'incidence des effets indésirables des produits insectifuges cutanés chez le jeune enfant, le Groupe de pédiatrie tropicale et les professionnels de la petite enfance de l'île ont réalisé une enquête transversale rétrospective (étude " Insectifuge nourrisson Réunion 2009 - INR 2009 "). Matériel-méthodes - La population cible était les enfants de moins de 30 mois séjournant sur l'île durant l'épidémie de chikungunya. Le questionnaire a été testé de façon aléatoire auprès de parents d'enfants consultant et d'élèves infirmières mères. L'enquête s'est déroulée en face-à-face avec les parents dans des centres de PMI et des crèches des quatre régions principales de l'île du 15/03 au 15/04/2009. Les items étaient sociodémographiques, médicaux, et caractérisaient l'usage des insectifuges et des moustiquaires chez les enfants. La méthode de sélection a été exhaustive. Les données de la préenquête ont été incluses dans l'analyse des résultats. Une description des variables a été effectuée en termes de prévalence avec un volet analytique et comparaisons de moyennes, médianes et tests du Chi2 (p<0,05). Résultats - 382 enfants de moins de 30 mois représentatifs de la population cible ont été inclus. Au moins un insectifuge cutané a été appliqué chez 74% de ces nourrissons pour les protéger des piqûres de moustiques durant la journée pendant l'épidémie de chikungunya. Les principales substances insectifuges utilisées étaient l'IR3535® (77%) et le citriodiol (17%). Ces produits ont été appliqués plus d'une fois par jour chez 79% des enfants. La durée médiane d'usage de ces produits par enfant se situait entre 3 et 6 mois. Des effets secondaires cutanés bénins (7,9%) et allergiques généraux (1,8%) ont été observés. Trois enfants ont eu des convulsions fébriles après application d'insectifuge (1,1%), sans que l'imputabilité à ces produits puisse être déterminée. Les facteurs favorisant l'usage de produit insectifuge chez l'enfant étaient un âge > 6 mois, un père en activité professionnelle, un logement avec jardin et une résidence située à l'est de l'île (p<0,01). Soixante-dix pour cent (70%) des enfants étaient également protégés par moustiquaire durant la journée. La prévalence estimée du chikungunya était de 8,2% (±4%). Discussion - Une observance pragmatique des recommandations nationales concernant l'usage de produits insectifuges chez le jeune enfant a été constatée. Des pratiques d'usage non recommandées ont été identifiées en termes d'âge limite d'usage, de nombre d'applications quotidiennes et de durée d'utilisation. En complément de la protection par moustiquaire, l'usage des produits insectifuges pourrait avoir contribué à la faible prévalence du chikungunya dans cette population. Des études complémentaires seraient nécessaires pour le confirmer. Conclusion - Ces données montrent qu'en période épidémique, l'IR3535® et le citriodiol ont été très largement utilisés pour protéger l'enfant de moins de 2 ans ? et cette pratique a été bien tolérée. Les mésusages rendent nécessaire une évaluation objective de leurs conséquences et une information adéquate des professionnels de santé et des parents sur la protection antivectorielle des jeunes enfants. (R.A.)

Auteur : Sorge F, Tamburro M, de Pertat T
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 2011, n°. 6, p. 54-9