Signalement de cancers pulmonaires parmi le personnel d'une compagnie d'autobus à Bordeaux, 2004-2005

Publié le 1 Juillet 2006
Mis à jour le 10 septembre 2019

Contexte : en juin 2004, la Cire Aquitaine a été saisie par un médecin du travail, inquiet du nombre important de cancers et plus particulièrement de cancers pulmonaires touchant le personnel d'une compagnie d'autobus bordelaise depuis ces 7 dernières années. En collaboration avec la médecine du travail et le service santé environnement de la Ddas, la Cire a mené une investigation afin de vérifier l'éventualité d'un excès de cas de cancers et l'existence d'un facteur de risque environnemental et/ou professionnel commun pouvant expliquet ce regroupement de cas. Méthode : la démarche adoptée s'appuie sur le guide méthodologique élaboré par l'Institut de veille sanitaire pour l'évaluation et la prise en charge des agrégats spatio-temporels de maladies non infectieuses. Cette démarche pragmatique déroule l'enquête selon un arbre décisionnel comprenant plusieurs étapes. Sur la base des données sanitaires et environnementales recueillies, il est alors décidé de la poursuite ou non de l'investigation. Résultats : au total, 6 cas de cancers primitifs pulmonaires de même type histologique (adénocarcinome) ont été retrouvés chez le personnel de cet entreprise de 293 salariés. Parmi ces cas, 4 étaient chauffeurs de bus. L'ensemble des cas de cancer pulmonaire avait une consommation tabagique actuelle ou passée importante avec plus de 20 cigarettes en moyenne par jour sur une durée moyenne de 31 ans. Si la médiane de l'âge au moment du diagnostic était plus faible que celle retrouvée en population générale (52 ans versus 67 ans), le calcul du ratio standardisé d'incidence (SIR) n'a pas permis de mettre en évidence un excès de survenue de cancer et plus spécifiquement de cancer pulmonaire dans cette population de travailleurs par rapport aux références nationales. Les investigations environnementales ont révélé que les salariés de cette entreprise étaient soumis à un environnement professionnel globalement défavorable, notamment en ce qui concerne l'exposition à la pollution atmosphérique. Cette exposition est très certainement, comme le confirme la littérature, plus importante chez les chauffeurs de bus. Néanmoins, la part attribuable des expositions environnementales et professionnelles dans la survenue d'un cancer pulmonaire reste sans conteste très modeste par rapport à celle liée au tabagisme. Discussion - conclusion : l'évaluation de l'exposition des chauffeurs à la pollution atmosphérique et plus particulièrement aux particules diesel étant insuffisamment renseignée, des prélèvements d'air supplémentaires pourraient être réalisés. Par ailleurs, une surveillance de tous les cas de cancers incidents doit être poursuivie en veillant à bien colliger les données socio-démographiques, indispensables à la mise en place de toutes études épidémiologiques. Enfin, le facteur d'exposition le plus évident étant le tabagisme, il serait certainement opportun d'envisager des actions de prévention adaptées auprès des salariés de l'entreprise.

Auteur : Provost D, Castor C, Filleul L, Domecq M, Astarie N
Année de publication : 2006
Pages : 36 p.