Intoxications au monoxyde de carbone dans la région Ile-de-France en 2005. Bilan épidémiologique de la première année du nouveau dispositif national de surveillance

Publié le 1 Juillet 2007
Mis à jour le 10 septembre 2019

Contexte : Le monoxyde de carbone (CO) est la première cause de mortalité par intoxication, mais l'ampleur réelle de ce problème de santé publique reste mal évaluée à l'échelle nationale. Devant la difficulté du diagnostic d'intoxication, ou encore la faible sensibilité de l'ancien dispositif national de surveillance, une réforme de ce système a été entreprise par la Direction générale de la santé (DGS) avec l'appui de l'Institut de veille sanitaire (InVS), sur la base des propositions du Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF) élaborées en décembre 2002 ; une définition plus rigoureuse des cas d'intoxication ainsi qu'un recueil d'informations plus détaillé étant recommandés. A partir de la base de données nationale centralisée par l'InVS, la Cellule interrégionale d'épidémiologie (Cire) a analysé les données de l'année 2005 en Ile-de-France. Population et méthodes : Les circonstances des intoxications et de leur signalement (formulaire Alerte), les prises en charge sanitaire(formulaire(s) Intoxiqué) et environnementale (formulaires Source, Synthèse de l'enquête environnementale, et Constat de travaux) ont été étudiées à partir de cinq bases de données reliées entre elles par le numéro d'identification des affaires. Les affaires d'intoxications ont été classées en sept types selon leur localisation ou mode de survenue : habitat, lieu de travail, établissement recevant du public (ERP), incendie, volontaire, véhicule en mouvement et inconnu. Les cas certains d'intoxication ainsi que leur gravité clinique ont été définis conformément aux propositions du CSHPF. Résultats : Au cours de l'année 2005, 214 signalements d'intoxication ont été enregistrés dans la région Ile-de-France. Ces intoxications survenaient majoritairement dans l'habitat (69 %), les pompiers et les laboratoires d'analyses déclarant le plus grand nombre d'affaires (33 % et 47 % respectivement). Les femmes et les classes d'âge jeunes et intermédiaires(<45 ans) étaient plus fréquemment intoxiquées. Les manifestations cliniques, essentiellement à type de céphalées, étaient généralement peu sévères (72% de stades de gravité 0 à 2). Parmi les 659 personnes impliquées dans une affaire d'intoxication, 313 ont été hospitalisées (48 %). Trente décès ont été signalés, dont 9 ont été confirmés par une enquête médicale. Quarante-deux personnes intoxiquées ont été traitées par oxygénothérapie hyperbare (OHB). Sur le plan environnemental, plus de 80 % des affaires survenues dans l'habitat ont bénéficié d'une enquête détaillée, l'origine de l'intoxication étant alors très souvent identifiée (95 %). L'intoxication était plus fréquente dans l'habitat individuel. Les installations de production d'eau chaude, type chaudières et chauffe-eau, chauffe-bain, étaient souvent en cause (51 % et 23 % respectivement). L'intoxication était souvent expliquée par l'association de plusieurs circonstances anormales : mauvaise évacuation des gaz brûlés (53 % des affaires), dysfonctionnement de l'appareil (52 % des affaires) ou utilisation inappropriée d'un appareil de chauffage d'appoint de fortune (20 % des affaires). Un défaut de ventilation de l'habitation constituait une circonstance aggravante dans 72 % des enquêtes. Une visite annuelle de contrôle de l'installation pouvait être confirmée pour moins de 30 % des chaudières et le ramonage annuel des conduits d'évacuation des gaz brûlés pour 17 % des chaudières à gaz. Conclusions : Les résultats de l'année 2005 suggèrent que la tendance à la diminution du nombre de personnes intoxiquées observée depuis plusieurs années dans la région Ile-de-France se poursuit. Les installations de production d'eau chaude, notamment les chaudières, sont très souvent en cause, mais l'utilisation inappropriée d'appareils de chauffage de fortune est également citée. Les problèmes de ventilation de l'habitation constituent très souvent une circonstance aggravante et le non respect de la réglementation concernant l'entretien régulier des appareils et des systèmes d'évacuation des gaz brûlés semble fréquent. Concernant le recueil de données, plusieurs améliorations sont nécessaires, notamment l'information sur le déclarant (l'implication des pompiers étant probablement sous-estimée) et l'information nécessaire à l'estimation du nombre de décès, la mortalité constituant un indicateur fondamental du dispositif de surveillance. De plus, l'absence de données cliniques détaillées ne permettait pas d'évaluer l'adéquation des pratiques médicales aux recommandations sur l'indication à la mise sous oxygénothérapie hyperbare. Enfin, dans le cadre d'une démarche de prévention du risque d'intoxication, l'information et la sensibilisation des utilisateurs constituent une priorité, ainsi que l'implication des professionnels du bâtiment et des médecins généralistes pour favoriser le signalement des situations à risque.

Auteur : Buyck JF, Carre N
Année de publication : 2007
Pages : 31 p.