Programme de surveillance post-professionnelle des artisans ayant été exposés à l'amiante (Espri). Rapport intermédiaire de la phase pilote. Période septembre 2005 - février 2007

Publié le 1 Janvier 2007
Mis à jour le 10 septembre 2019

En France, entre 11 000 et 23 000 des 280 000 cancers incidents annuels seraient induits par des cancérogènes professionnels. Alors que ces cancers surviennent le plus souvent après le départ à la retraite, il n'existe pas actuellement de système standardisé de surveillance post-professionnelle des affiliés aux différents régimes de Sécurité sociale. Un cadre réglementaire datant de 1995 existe, mais concerne uniquement les anciens salariés et est encore très peu mis en oeuvre, notamment parce qu'il est méconnu des personnes concernées au même titre que leurs expositions passées. Suite aux recommandations de l'Institut de veille sanitaire (InVS) en 2001 (étude Espaces), le Régime social des indépendants (RSI) a demandé en 2003 au département santé travail (DST) de l'InVS de mettre en place le programme Espri (Epidémiologie et surveillance des professions indépendantes). Dans sa phase actuelle, Espri concerne la surveillance des artisans ayant été exposés à l'amiante au cours de leur carrière, basée sur les recommandations de la Conférence de consensus de 1999 sur le suivi médical des personnes exposées à l'amiante (seule conduite de référence existante). Le programme Espri poursuit deux objectifs : (i) une intervention de santé publique, avec le repérage des artisans ayant été exposés à l'amiante au cours de leur carrière, afin de les faire bénéficier d'un suivi médical ; (ii) une étude épidémiologique, avec le suivi de la cohorte constituée, afin de décrire les expositions passées, leurs effets à long terme sur la santé, et d'évaluer l'impact du dispositif en termes de bénéfices de santé et d'indemnisation (les artisans ayant accès au Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante). Dans sa phase pilote, Espri a concerné les 2 334 artisans (88 % d'hommes) des régions Aquitaine, Limousin et Poitou- Charentes, ayant pris leur retraite en 2004, soit environ 15 % de la population éligible France entière. La carrière professionnelle des sujets, recueillie par autoquestionnaire postal, a été expertisée vis-à-vis de l'exposition à l'amiante et un bilan médical sans avance de frais a été proposé aux sujets le justifiant. Le lancement d'Espri,effectué en septembre 2005, a été accompagné d'une large campagne de communication nationale et régionale. A partir de données arrêtées en février 2007, le premier bilan d'Espri est largement positif avec 67 % de réponse au questionnaire professionnel (1 567 sujets). Conformément à la population cible, les répondants sont en majorité des hommes (87 %). En moyenne, ils sont âgés de 61 ans (min-max : 55-91 ans) et ont exercé une activité professionnelle pendant 43 ans. Après expertise du calendrier professionnel de chacun d'entre eux, un bilan médical a été proposé aux trois quarts des sujets (1 155 sujets), considérés comme possiblement exposés à un niveau " intermédiaire " ou " fort " ; près d'un sujet sur deux a effectivement initié son bilan (471 sujets), le plus souvent auprès d'un médecin généraliste. Pour un quart des 313 sujets dont l'ensemble des données du bilan est disponible (78 sujets), le bilan médical a indiqué la présence d'au moins une anomalie ou pathologie pouvant avoir un lien avec l'exposition à l'amiante. Les premières estimations de la prévalence de l'exposition chez les hommes dans la population des artisans retraités du RSI indiquent qu'environ un sujet sur deux a été exposé à l'amiante au cours de sa carrière professionnelle, pendant 25 ans en moyenne. Sur la base des résultats de la phase pilote, l'InVS recommande la généralisation du programme Espri à l'ensemble des nouveaux retraités du RSI. La forte attente des artisans vis-à-vis du " risque amiante " et la production de données épidémiologiques nouvelles dans cette population constituent les atouts majeurs de ce programme. Celui-ci est d'ailleurs un des rares programmes du domaine des risques professionnels alliant suivi médical individuel et surveillance épidémiologique à l'échelle populationnelle. Avec environ 17 000 nouveaux retraités par an, la généralisation progressive d'Espri nécessite l'adaptation des procédures et des outils utilisés, mais également un effort constant de sensibilisation des professionnels de santé (notamment des médecins généralistes, pivots du suivi médical) et de formation du personnel des structures participantes. Espri devra notamment prendre en compte les recommandations de la Haute autorité de santé en matière de suivi postprofessionnel lié à l'exposition à l'amiante, attendues pour 2008, et qui réviseront la Conférence de consensus de 1999. Enfin, la perspective d'une généralisation du programme Espri requiert la consolidation du partenariat entre le RSI et l'InVS, et la mise en place d'une organisation ad hoc. (R.A.)

Auteur : Rolland P, Homere J
Année de publication : 2007
Pages : 72 p.