Utilisation d'une matrice emplois-exposition pour l'identification des expositions professionnelles à l'amiante

Publié le 1 Février 2004
Mis à jour le 5 juillet 2019

La réglementation française permet aux inactifs qui ont été exposés à une substance cancérogène dans leur vie professionnelle de bénéficier d'un suivi médical post-professionnel pris en charge par leur Caisse Primaire d'Assurance-Maladie (CPAM). Actuellement, très peu de personnes concernées bénéficient de cette mesure. Le projet ESPACES propose et évalue une méthode de repérage des retraités qui auraient été exposés professionnellement à l'amiante afin de les informer de leurs droits à ce suivi. Cette étude pilote a été réalisée dans les Centres d'Examens de Santé (CES) de la Sécurité sociale de six départements, sur un échantillon d'hommes retraités dans les années 1994-96 tirés au sort. La probabilité d'exposition à l'amiante a été évaluée grâce à une matrice emplois-exposition. Des entretiens de validation ont été réalisés dans les CES. Les retraités dont l'exposition a été confirmée ont été adressés pour une demande de prise en charge de suivi médical. Une évaluation de la procédure a été réalisée par comparaison avec des CPAM témoins, et des simulations ont permis d'évaluer la sensibilité et la spécificité de la procédure, ainsi que les effectifs potentiellement concernés. Parmi les 737 sujets classés exposés part la matrice et qui sont venus à l'entretien, 53,8 % ont vu leur exposition confirmée. Au total, 143 sujets ont été pris en charge, soit une proportion 17 fois supérieure à celle des CPAM témoins. Les simulations montrent que pour environ 250 000 nouveaux retraités chaque année, l'adoption d'un seuil bas de détection (prenant en compte la probabilité et la durée d'exposition) amènerait environ 25 000 personnes dans les CES, dont plus de 6 000 seraient pris en charge. Conclusion : Une généralisation de la procédure qui aurait pour effet de réduire les inégalités d'information des personnes ayant été exposées à l'amiante a été proposée aux responsables de la Sécurité sociale. Le seuil de dépistage proposé permet une généralisation réalisable et éthiquement acceptable, en optimisant le nombre de faux positifs et de faux négatifs. R.A

Auteur : Imbernon E, Goldberg M, Spyckerelle Y, Steinmetz J, Bonenfant S, Fournier B
Revue d'épidémiologie et de santé publique, 2004, vol. 52, n°. 1, p. 7-17