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Séroprévalence de la rougeole et de la rubéole dans une population de jeunes adultes donneurs de sang, France 2013

Measles and rubella seroprevalence in a population of young adult blood donors, France 2013

La France a connu au cours de ces dernières années plusieurs flambées épidémiques de rougeole ayant entrainé plusieurs décès. La rougeole reste une menace en termes de santé publique.
L’objectif d’élimination conjointe de la rougeole et de la rubéole ; maladies à DO (déclaration obligatoire) via la vaccination est inscrit dans le Plan d’action européen pour les vaccins 2015-2020, adopté par l’OMS Europe et auquel la France a souscrit. En France, en dépit de la généralisation de la vaccination ROR depuis plus de 30 ans, une épidémie majeure de rougeole est survenue entre 2008 et 2012, dont la moitié des cas sont survenus chez de jeunes adultes. La couverture vaccinale est mal connue dans cette population, mais une étude de séroprévalence réalisée en population générale en 2009-2010, avait montré un niveau d’immunité insuffisant. C’est pourquoi, depuis 2011, la vaccination avec deux doses de vaccin ROR est recommandée pour toutes les personnes âgées de plus d’un an et nées depuis 1980.
L’article paru dans Epidemiology and Infection présente les résultats d’une nouvelle étude de séroprévalence réalisée chez les jeunes de 18 à 32 ans, population ciblée par cette recommandation de rattrapage vaccinal. Cette étude est le fruit d’une collaboration entre Santé publique France, l’Établissement français du sang et le Centre national de référence de la rougeole et de la rubéole.

3 questions à Denise Antona, Direction des maladies infectieuses

La connaissance de la couverture vaccinale des maladies infectieuses, une des missions de Santé publique France, est indispensable pour l’objectif de réduction voire d’éradication de maladies infectieuses. Pourquoi une étude de séroprévalence, après celle de 2010, ciblée sur cette population de jeunes adultes ? Quels en étaient les objectifs ?

La couverture vaccinale est mal connue dans la population des jeunes adultes. L’étude de séroprévalence de 2010 avait permis de montrer que c’était surtout dans la population des jeunes adultes que se trouvaient les personnes non protégées vis-à-vis de la rougeole et de la rubéole (c’est-à-dire avec un résultat sérologique négatif). Cette nouvelle étude de séroprévalence de 2013 avait pour objectif principal d’évaluer de nouveau le niveau de protection de la population de France métropolitaine ainsi que des départements ultra-marins de la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion vis-à-vis de ces deux maladies. Une différence était surtout attendue en ce qui concerne la rougeole, suite à la circulation intense du virus lors de l’épidémie de 2009-2011 qui a touché tout le territoire métropolitain. Pour les deux maladies, le niveau de protection devrait avoir aussi évolué du fait de l’amélioration de la couverture vaccinale suite au renforcement des campagnes d’information sur la vaccination anti rougeoleuse en 2010-2011, avec l’utilisation du vaccin triple ROR. De plus en 2011, les recommandations de rattrapage vaccinal ont été modifiées, avec désormais deux doses de ROR pour la population née après 1980. Cette étude devait permettre de plus de disposer de données de référence pour le suivi ultérieur de l’immunité de la population des jeunes adultes vis-à-vis de ces deux maladies, à travers la reconduite future d’enquêtes transversales du même type, dans le cadre du suivi des progrès vers l’élimination.

Le second objectif de cette étude était d’estimer l’incidence de la rougeole chez les jeunes adultes âgés de 18 à 32 ans durant l’épidémie 2009-2012 dans la région du Sud-Est de la France où le virus a circulé de façon prédominante, et, à partir de cette estimation, être en mesure d’estimer le taux de sous-notification de la déclaration obligatoire dans cette même population.

Quelles sont les évolutions de la susceptibilité de cette population à la rougeole et à la rubéole depuis l’étude de séroprévalence de 2010 concernant l’objectif d’élimination de ces deux maladies ?

La comparaison des résultats de cette étude avec ceux de l’enquête de séroprévalence de 2010 montre que la réceptivité de la population des 18-32 ans vis-à-vis de la rougeole est restée stable autour de 9 %, y compris dans le Sud-Est de la France, région la plus affectée par l’épidémie de rougeole en 2011. Ceci montre que le profil immunologique de cette population a été peu affecté par le nombre de cas survenus mais surtout par une politique de rattrapage à deux doses de ROR demeurée insuffisante pour permettre une diminution significative du nombre de personnes à risque de développer la rougeole. En clair, en appliquant ce taux à la population recensée par l’Insee, cela signifie qu’il existe en France environ un million de sujets âgés de 18 à 32 ans qui restent susceptibles de déclarer une rougeole, bien que ciblés par une politique de rattrapage vaccinal. Pour mémoire, dans cette tranche d’âge, l’objectif  à atteindre pour permettre l’élimination de la rougeole, est un taux de séronégatifs inférieur à 5 %. Pour ce qui est de la rubéole, le même constat a pu être fait avec une proportion de séronégatifs retrouvée sensiblement identique entre les deux enquêtes, hormis pour l’inter-région Sud-Est dans laquelle la proportion de personnes susceptibles vis-à-vis de la maladie a diminué de façon significative entre 2010 et 2013.

Cette étude met également en lumière la sous-notification de la rougeole, maladie à DO. Quelle serait alors l’estimation du nombre total de cas de rougeole sur le territoire ? Ces résultats remettent-ils en cause l’objectif d’élimination de la rougeole à l’horizon 2020 ?

La rougeole est redevenue à DO en juillet 2005, avec confirmation biologique des cas. Notre étude a permis d’estimer l’exhaustivité de la DO dans l’inter-région Sud-Est à 55 %. L’application de ce taux à l’ensemble des tranches d’âge et aux autres régions conduit à estimer par exemple, pour l’année 2018, à plus de 5 000 le nombre de cas de rougeole réellement survenus au cours de l’année alors que seuls un peu plus de 2 900 cas ont été déclarés. L’élimination de la maladie suppose un taux d’incidence en population générale inférieur à 1 cas pour un million d’habitant, ce qui dans le cas de la France, correspond à moins de 67 cas annuels. Avec plus de 2 900 cas déclarés en 2018, et probablement plus de 5 000 cas réellement survenus en prenant en compte la sous-notification, l’incidence en 2018 était donc près de 75 fois supérieure à celle nécessaire pour l’élimination. Sauf à améliorer rapidement la couverture vaccinale, en particulier chez les jeunes adultes, la France n’atteindra clairement pas l’objectif d’élimination de la rougeole en 2020.

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