Suicides liés au travail : vers la mise en place d’un système de surveillance spécifique ?

A l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, Santé publique France publie les résultats d’une étude de faisabilité pour développer un système de surveillance épidémiologique des suicides en lien potentiel avec le travail et fait des propositions pour renforcer la surveillance dans ce domaine.  

Mis à jour le 10 septembre 2021

L’épidémiologie des suicides liés au travail demeure mal connue en France, malgré une importance grandissante du sujet dans le débat public. Avec près de 8 500 décès par suicide enregistrés en 2016, la mortalité par suicide en France présente un taux parmi les plus élevés d’Europe : un chiffre vraisemblablement sous-estimé d’environ 10 % car un certain nombre de suicides sont enregistrés en tant que décès indéterminés quant à l’intention, ou encore en tant que décès de cause inconnue.

Le suicide est un phénomène complexe et multifactoriel qu’il est difficile de rattacher à une unique cause. Il est important d’agir pour diminuer les actes suicidaires en population générale mais aussi en milieu professionnel. Dans cette étude, il ne s’agit pas d’établir l’imputabilité du travail dans le passage à l’acte suicidaire mais d’estimer la part des suicides où des expositions professionnelles ont pu jouer un rôle plus ou moins important dans le suicide d’un individu. 

L’étude de faisabilité d’un système de surveillance épidémiologique des suicides liés au travail

Santé publique France, en collaboration avec huit instituts de médecine légale et le CépiDc (Centre d’épidémiologie des causes médicales de décès – Inserm), a mené une étude de faisabilité. Pour chaque suicide ou décès d’intention indéterminée, les médecins légistes ont recueilli des informations sur les données sociodémographiques et professionnelles de la personne, ainsi que les indicateurs de liens potentiels entre le décès et le travail.

Objectifs

  • proposer une définition des suicides en lien potentiel avec le travail, 
  • tester la faisabilité d’un système de surveillance épidémiologique de ces suicides à partir des données des Instituts médicaux légaux (IML), 
  • estimer leur part parmi l’ensemble des suicides examinés dans les IML.

Résultats clés

  • Entre le 1er janvier et le 31 décembre 2018, 1 293 décès ont été examinés, parmi lesquels 88% étaient des suicides (n=1 135). 
  • La plupart des suicides concernaient des hommes (72%). 
  • Au total, 10% des suicides étaient en lien potentiel avec le travail selon la définition utilisée. 
  • Parmi les personnes dont la situation par rapport à l’emploi était connue, 28% étaient en emploi au moment du décès. Parmi celles-ci, le travail semblait avoir joué un rôle dans 42% des suicides. 

Ce qu’il faut retenir

Cette étude montre la possibilité de développer un système de surveillance des suicides en lien potentiel avec le travail à partir des données des IML. L’extension au niveau national et la pérennisation de ce système sont préconisées. Il est proposé d’intégrer ou d’adosser au volet médical complémentaire du certificat de décès, un questionnaire contenant les données jugées pertinentes par cette étude. Ainsi à terme, Santé publique France pourrait assurer une surveillance de ces suicides, qui complèterait ses autres travaux sur les conduites suicidaires par catégories professionnelles et secteurs d’activité (agriculture, administration pénitentiaire, etc.). 

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Surveillance des suicides en lien potentiel avec le travail

En savoir plus

Autres travaux réalisés par Santé publique France ou en collaboration avec des partenaires

  • Suicide en milieu agricole 

Les études en milieu agricole ont montré un excès de mortalité par suicide chez les hommes agriculteurs exploitants en 2008, 2009 et 2010, particulièrement marqué chez les 45-64 ans et dans la filière élevage bovins-lait et une sous-mortalité par suicide chez les salariés agricoles par rapport à la population générale de même genre et de même âge.

  • Suicide en milieu pénitentiaire

En milieu pénitentiaire, un excès de suicide (+21%) statistiquement significatif est observé chez les hommes entre 1990 et 2008, concernant spécifiquement les métiers de surveillant pénitentiaire et d’adjoint technique. Aucune association n’a été observée entre les indicateurs professionnels étudiés (type d’établissement, taux d’occupation carcérale) et le risque de suicide.

  • Les publications de l’Observatoire national du suicide

L’agence est aussi l’un des contributeurs du 4e rapport de l’Observatoire national du suicide créé en 2013 : « Suicide : quels liens avec le travail et le chômage ? Penser la prévention et les systèmes d’information », sorti en juin 2020.