Etude de santé et de qualité de vie après l’accident industriel de Rouen du 26 septembre 2019 : 'une étude à l'écoute de votre santé'

Suite à l’incendie industriel survenu à Rouen le 26 septembre 2019, Santé publique France met en place une étude auprès des habitants de 122 communes de Seine-Maritime sur leur perception de l’accident, les symptômes ressentis et leur santé et qualité de vie actuelles.

Mis à jour le 05 juillet 2021
Dans cet article

L’incendie industriel survenu à Rouen le 26 septembre 2019 sur les sites des entreprises Lubrizol et NL Logistique a potentiellement exposé les habitants et travailleurs de plusieurs communes de Seine-Maritime à diverses nuisances et substances toxiques : vue et bruit des flammes et des explosions, panache de fumées noires, retombées de suies, molécules chimiques odorantes, débris de fibrociment, etc. Santé publique France a été missionnée par la Direction générale de la santé pour évaluer l’impact sur la santé physique et mentale, à moyen et long termes, des personnes qui ont pu être exposées à un ou plusieurs de ces facteurs de risque sanitaire. La description et l’analyse de leurs perceptions de l’événement, de leurs expositions et des symptômes ressentis, la mesure et la surveillance d’indicateurs de l’état de santé de la population, vont permettre aux autorités publiques de prendre des mesures sanitaires si elles sont nécessaires et d’adapter au mieux la gestion d’autres accidents industriels. 

Dans ce cadre, un ensemble d’études épidémiologiques est en cours de mise en place pour évaluer l’impact sanitaire de l’incendie : le dispositif « Santé Post Incendie 76 ». La première est une étude de santé et de qualité de vie, telle que les habitants la décrive. Menée au cours du 3e trimestre 2020 sur un échantillon représentatif des habitants de 122 communes de Seine-Maritime concernées par l’accident, cette étude intitulée 'Une étude à l'écoute de votre santé' porte sur les symptômes et les problèmes de santé qui ont été ressentis au cours de l'événement, sur l'informations et la connaissance des recommandations, ainsi que sur la santé et la qualité de vie des personnes interrogées au moment de l’étude.

Pourquoi cette étude et dans quels objectifs ?

Ce type d’enquête épidémiologique, réalisé en interrogeant directement les personnes concernées par le sujet étudié, permet de recueillir et analyser des informations sur les problèmes de santé ressentis par les habitants eux-mêmes au moment de l’accident industriel et dans ses suites. Son apport est particulièrement intéressant car les symptômes, les malaises, les perceptions des personnes exposées ne sont consignés dans aucune source disponible d’informations sanitaires. 

Cette étude va notamment permettre de : 

  • caractériser la pollution engendrée par l’incendie du 26 septembre 2019 telle qu’elle a été perçue par les individus et vécue selon leur expérience personnelle ;
  • décrire les symptômes ressentis par la population exposée au moment de l'incendie ;
  • décrire l'état de santé général et la qualité de vie, plusieurs mois après l'incendie (au moment de l’étude) ;
  • connaître les attentes de la population en termes d'information sur l’accident, sa perception et sa capacité à mettre en oeuvre les recommandations des pouvoirs publics

A noter qu’il ne s’agit pas d’une étude avec des prélèvements biologiques ou sanguins ni d’un suivi individuel de l’état de santé des personnes exposées à l’accident.

Comment l'étude se déroule-t-elle et selon quelle méthode ?

Etape 1 : la pré-enquête

Une pré-enquête a été réalisée au mois de février 2020 dans quatre communes touchées par l’incendie et représentant des situations contrastées : Petit-Quevilly, Bois-Guillaume, Préaux et Buchy. 

Son but était d’ajuster le questionnaire de l’étude de santé au plus près des sujets d’intérêt de la population. Des entretiens de groupe ont été réalisés avec les habitants de ces communes et des entretiens individuels ont été menés avec leurs maires et des professionnels de santé. Ils portaient sur le vécu de l’accident et de ses suites, les symptômes ressentis, les craintes suscitées en termes d’impact sur la santé et les attentes face à ce type de situation. 

Etape 2 : l'enquête en population

Population étudiée

Elle regroupe l’ensemble des habitants de 122 communes de Seine-Maritime qui ont été touchées par l’accident et constituent la zone d’étude. 

L’enquête est menée sur un échantillon représentatif de cette population. L'objectif est de faire participer 4 000 adultes, qui ont été tirés au sort, et un enfant par ménage, soit 1 200 enfants. 

L'enquête est également conduite sur un échantillon de la population d'une « zone témoin », qui sera prise en compte pour comparer les données observées dans la population d'étude et pouvoir interpréter les résultats. Le Havre et sa périphérie nord-est ont été choisis comme zone témoin.

Les étapes d’élaboration du protocole

Le protocole de l’étude a été élaboré par Santé publique France et discuté avec le Groupe Santé et le Comité d’appui thématique, de décembre 2019 à juin 2020. L’étude a reçu en juillet l’avis favorable du Comité national de l’information statistique (Cnis) et du Comité du label de la statistique publique, ce qui a permis de tirer au sort l’échantillon des personnes enquêtées dans une base de données de l’Insee.

Zone d'étude

Elle comporte une zone exposée, dont les habitants constituent la population exposée, qui est formée par les 111 communes de Seine-Maritime (76) mentionnées dans un arrêté préfectoral daté du 14 octobre 2019 comme étant potentiellement impactées par le panache de fumées noires et les retombées de suies, et par 11 autres communes de Seine-Maritime dans lesquelles des odeurs attribuées à l’incendie industriel ont été plusieurs fois signalées. 

La zone exposée regroupe ainsi 122 communes de Seine-Maritime, dont la plus éloignée est distante d’environ 60 kilomètres du lieu de l’incendie, et réunit une population totale de 340 000 personnes. Elle a été divisée en quatre strates géographiques : 

  • une strate de « proximité » (divisée en deux, 0-700 mètres et 700-1500 mètres du lieu de l’accident)
  • une strate « sud-ouest »
  • une strate « nord-est proche » 
  • une strate « nord-est éloigné » 

La zone d’étude comprend également une zone témoin, constituée de la ville du Havre et des communes situées dans les 29 kilomètres de sa périphérie nord, dont les habitants constituent la population témoin.

Carte de la zone d'étude : localisation de la zone exposée et de la zone témoin

Carte de la zone d’étude : localisation de la zone exposée et de la zone témoin

Les limites du département de Seine-Maritime (76) sont matérialisées par le trait noir épais.
Source : Admin Express Cog

Déroulement de l'étude

Un dispositif d’information (affiche, dépliants, lettres d’information, etc.) est mis en place à l’intention des habitants, des maires et des professionnels de santé de la zone d’étude et de la zone témoin. Un site internet (www.sante-post-incendie-76) et un numéro vert dédiés ont été prévus pour les participants à l'enquête. 

L’enquête s'est déroulée au cours du 3e et 4e trimestre 2020. Les personnes tirées au sort ont reçu un courrier expliquant comment participer à l’étude. Il était possible de répondre au questionnaire principal d’enquête de deux manières : en ligne, sur le site internet, à l’aide du mot de passe qui a été envoyé aux personnes tirées au sort, ou par téléphone avec un enquêteur de l’institut Ipsos pour un entretien téléphonique qui a duré 30 minutes environ. 

Une étude à l'écoute de votre santé

Principaux items du questionnaire principal

Le questionnaire principal comprend deux parties constituées de plusieurs modules qui se réfèrent à des temporalités différentes de l’état de santé des personnes interrogées : 
    
1. Sur la période de l’accident et ses suites :

  • Expositions perçues durant l’incendie : foyer, panache de fumées noires
  • Nuisances liées à l’incendie : odeurs, suies, débris
  • Comportements adoptés suite à l’incendie
  • Informations et connaissance des recommandations
  • Symptômes et problèmes de santé ressentis (adulte et enfant)
  • Grossesse et allaitement

L’approche participative qui a été mise en place avec le Groupe Santé, complétée par la pré-enquête de nature sociologique, a permis d’adapter cette partie au contexte de l’accident industriel ainsi qu’aux attentes et sujets de préoccupation de la population qui en a été victime.

2. Sur la période actuelle :

  • Etat de santé général
  • Recours aux soins, habitudes de vie, qualité de vie
  • Attitudes à l’égard de l’environnement
  • Conditions de vie

Volet complémentaire de l’enquête sur la santé mentale

Pour évaluer les conséquences psychologiques que l’incendie industriel a pu avoir sur la population exposée, un volet complémentaire a été ajouté au questionnaire principal de l’étude. Ce questionnaire sur la santé mentale (anxiété, dépression, stress post-traumatique) a été proposé aux personnes qui, ayant répondu au premier questionnaire, ont accepté de participer à une deuxième phase de l’étude.

Toutes les informations recueillies seront analysées de façon anonyme, dans le respect des règles fixées par le RGPD (Règlement général sur la protection des données) et sous le contrôle de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).

Quels sont les principaux résultats de l'étude ?

Pendant l’incendie industriel et ses suites 

  • La plupart de la population étudiée (92%) a ressenti au moins une des nuisances ou pollutions générées par l’accident, des odeurs le plus souvent . Cette perception olfactive a pu persisté longtemps et être gênante.
  • Deux-tiers de la population (66%) ont rapporté au moins un symptôme ou problème de santé qu’ils sont attribués à l’accident : stress, anxiété, angoisse, irritation des yeux et de la gorge, toux, essoufflement, maux de tête, troubles du sommeil, etc.
  • Un tiers des adultes symptomatiques (37%) mentionne avoir recouru au système de soins, le plus souvent en consultant un médecin généraliste, ou à l’automédication (prise de médicament non prescrit). 
  • Plusieurs expositions perçues (odeurs, fumées noires, dépôts de suies et le fait d’avoir été réveillé, vu ou entendu l’incendie) sont statistiquement associées aux symptômes les plus fréquemment ressentis par les adultes dans les suites de l’accident et au recours aux soins médico-psychologiques.
  • Chez les enfants, les troubles de santé ressentis et leurs fréquences, de même que les recours aux soins qui ont été rapportés par les parents, étaient comparables à ceux des adultes.

Un an après l’incendie industriel

  • La perception des nuisances et pollutions générées par l’incendie a eu un effet négatif sur la santé perçue des personnes exposées. 
  • Cette altération est principalement liée à un impact sur la santé mentale, une observation qui est cohérente avec la littérature scientifique traitant des événements accidentels similaires.
  • Elle est plus importante chez les personnes qui ont ressenti le plus de pollutions accidentelles et chez les personnes qui ont perçu longtemps les odeurs émises pendant et après l’incendie. 

Le volet complémentaire de l’étude permettra d’évaluer précisément l’impact de l’accident industriel sur la santé mentale, en mesurant l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique. Les résultats seront disponibles au premier trimestre 2022.

L’observation d’un effet global de l’incendie industriel du 26 septembre 2019 sur la santé perçue, mesurable encore un an après, souligne l’importance de la surveillance à moyen et long termes de la santé de la population exposée qui est mise en place par Santé publique France en exploitant le Système national des données de santé (SNDS). 

Les principaux résultats de l’étude ont été présentés aux membres du Comité de la transparence et du dialogue (CTD), le 5 juillet 2021 à Rouen. 

Autres études épidémiologiques du dispositif Santé Post Incendie 76