Covid-19 : une enquête pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale pendant l'épidémie

Depuis le 23 mars 2020, Santé publique France a lancé l'enquête CoviPrev en population générale afin de suivre l’évolution des comportements (gestes barrières, confinement, consommation d’alcool et de tabac, alimentation et activité physique) et de la santé mentale (bien-être, troubles).

Mis à jour le 29 Mai 2020

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Dans cet article

Face à l’épidémie de Covid-19 et depuis les mesures gouvernementales de confinement du 16 mars 2020, comment les Français réagissent-ils ? Comment cette crise sanitaire inédite modifie-t-elle les comportements, les connaissances, les croyances ? Quel retentissement psychologique dans la population ? Santé publique France a lancé, avec BVA, l'enquête CoviPrev visant à suivre l’évolution des comportements (gestes barrières, confinement) et de la santé mentale en population générale (bien-être, troubles), ainsi que leurs principaux déterminants. Elle sera répétée de façon régulière pendant la période de confinement et de post confinement.

Objectifs

  • suivre l’adoption des mesures de protection et de la santé de la population  pendant la période de confinement et de déconfinement 
  • recueillir les informations nécessaires à l’orientation et à l’ajustement des mesures de prévention
  • surveiller les inégalités de santé
  • capitaliser des connaissances utiles à la gestion de futures pandémies  

Méthode de l'enquête

  • Enquêtes quantitatives répétées sur échantillons indépendants
  • Questionnaires auto-administrés à remplir en ligne sur système Cawi (Computer Assisted Web Interview)
  • Echantillons de 2 000 personnes 18 ans et plus résidant en France métropolitaine recrutés par access panel (Access Panel BVA)
  • Échantillonnage par quotas (sexe, âge, catégorie socio-professionnelles du répondant, région, catégorie d’agglomération) redressé sur le recensement général de la population 2016 

Contenu du questionnaire

Le questionnaire mesure d’une part, la connaissance et la mise en œuvre des mesures de protection et, d’autre part, la santé mentale des personnes pendant l'épidémie de COVID-19.
Ce module répond à l’objectif de pilotage des dispositifs de prévention pendant la période épidémique. Il s’agit de suivre les déterminants les plus susceptibles d’affecter à court terme la situation sanitaire, notamment l’adoption des mesures de protection (déterminants de la contagion) et la santé mentale, également susceptible de présenter un fardeau supplémentaire pour le système de santé. 
Caractéristiques sociodémographiques, connaissances, perceptions, proximité à la maladie, conditions de vie pendant  l'épidémie (confinement…) sont les principaux déterminants de l’adoption des mesures de protection et de la santé mentale recueillis afin de disposer d’informations pour identifier les cibles et leviers d’intervention.

Le questionnaire comporte également de modules complémentaires sur les addictions (alcool et tabac), la nutrition et l'activité physique qui seront intégrés dans une ou plusieurs vagues de l’enquête, afin d’évaluer plus largement l’impact de la situation sur la santé de la population. 

Exploitation des résultats

À court terme, cette surveillance permettra de disposer d’un outil de reporting pour ajuster les stratégies de communication et de prévention des pouvoirs publics, notamment à destination des publics les plus vulnérables.  

À plus long terme, après la crise sanitaire, ce suivi d’indicateurs sera utilisé pour produire et capitaliser des connaissances sur les répercussions du Covid-19 en population générale, sur la santé mentale et d’autres comportements de santé (consommations de substances psychoactives, nutrition, activité physique).

La mise à disposition des résultats sera consécutive à chaque vague d’enquête. Ils sont composés :

  • d'une synthèse avec les résultats principaux
  • de tableaux avec les résultats détaillés présentant les prévalences et évolutions des indicateurs en fonction des caractéristiques sociodémographiques, des conditions de vie liées à l’épidémie ainsi que des analyses des déterminants cognitifs et de leurs évolutions (perception de la maladie et des mesures de protection) complèteront les principaux résultats

Résultats

Les résultats de l'enquête CoviPrev couvrent les thématiques suivantes : santé mentale, adoption des mesures de protection, addictions, alimentation et activité sportive.

Santé mentale

Synthèse vague 1 (23-25 mars), vague 2 (30 mars-1er avril) et vague 3 (14-16 avril), vague 4 (20-22 avril), vague 5 (28-30 avril), vague 6 (4-6 mai), vague 7 (13-15 mai), vague 8 (18-20 mai)

  • Même si certains indicateurs restent dégradés en comparaison des données disponibles avant l’épidémie, la santé mentale des personnes interrogées s’est globalement améliorée entre les vagues 1 et 8, avec des évolutions positives notamment observées depuis la levée du confinement.
  • Évolution des indicateurs de santé mentale
    • Après une amélioration significative (+ 10 points) observée entre la première et la deuxième semaine de confinement (vague 1 et vague 2), la satisfaction de vie actuelle connait une nouvelle amélioration significative depuis le déconfinement (+5 points supplémentaires). Elle concerne 81% des personnes interrogées en vague 8 (versus 85% en période hors épidémie).
    • Les états anxieux ont connu une diminution significative entre la vague 1 et la vague 3. La prévalence s’est depuis stabilisée avec une tendance à la baisse (non significative) qui semble se poursuivre suite au déconfinement. En vague 8, la prévalence des états anxieux est de 17% (versus 13,5% en période hors épidémie).
    • Les états dépressifs, après une augmentation entre les vagues 3 et 4, suivent une évolution à la baisse avec une diminution significative observée depuis le déconfinement (- 6 points).
    • Les problèmes de sommeil, qui avaient augmenté significativement jusqu’à la vague 4, ont retrouvé un niveau similaire à celui observé en vague 2 du fait d’une diminution significative suite au déconfinement. En vague 8, 63% des personnes interrogées déclarent des problèmes de sommeil au cours des 8 derniers jours (versus 49% en période hors épidémie).
  • En vague 8, les facteurs associés à une plus forte anxiété (après contrôle des autres facteurs) étaient : 
    • Facteurs sociodémographiques : déclarer des antécédents de troubles psychologiques, se déclarer dans une situation financière juste ou très difficile, être une femme, avoir entre 18 et 49 ans.
    • Facteurs liés au COVID-19 : rechercher activement des informations sur le COVID-19 ; avoir eu des difficultés respiratoires. 
    • Facteurs cognitifs : percevoir le COVID-19 comme une maladie grave ; se sentir vulnérable face au COVID-19 ; avoir une mauvaise connaissance des modes de transmission de la maladie ; percevoir les mesures comme peu efficaces.
  • Conclusion
    • La santé mentale des Français, très dégradée en début de confinement (vagues 1 et 2), s’est progressivement améliorée, en particulier suite à la levée du confinement (augmentation significative de la satisfaction de vie ; diminutions significatives des troubles dépressifs et des problèmes de sommeil). 
    • Une anxiété élevée est encore observée chez les personnes déclarant des antécédents de troubles psychologiques et chez celles déclarant des difficultés financières.
    • Afin de limiter et réduire le niveau d’anxiété général, tout en favorisant l’adoption des mesures de protection, nos données suggèrent de communiquer avec clarté et simplicité sur les modes de transmission du virus et sur les mesures les plus efficaces à adopter (augmentation du niveau de connaissance et de l’efficacité perçue) plutôt que sur la gravité de la maladie.

Résultats détaillés

Prévalences et évolutions par indicateur 
Prévalences et évolutions des indicateurs de santé mentale pendant l'épidémie de COVID-19 (% ; données pondérées)

Satisfaction de vie actuelle et projection dans l’avenir
Prévalences et évolutions de la satisfaction de vie actuelle selon les profils sociodémographiques (% ; données pondérées)
Prévalences et évolutions de la satisfaction de vie actuelle selon les conditions de vie liées à l’épidémie de COVID-19 et au confinement (% ; données pondérées)
- Prévalences et évolutions de la projection positive dans l'avenir selon les profils sociodémographiques (% ; données pondérées)
- Prévalences et évolutions de la projection positive dans l'avenir selon les conditions de vie liées à l'épidémie de COVID-19 (% ; données pondérées)

Troubles anxieux et dépressifs
Prévalences et évolutions de l'anxiété selon les profils sociodémographiques (% ; données pondérées)
Prévalences et évolutions de l'anxiété selon les conditions de vie liées à l’épidémie de COVID-19 (% ; données pondérées)
- Déterminants cognitifs (perception de la maladie et des mesures de protection) de l'anxiété (% ; moyenne, associations ; données pondérées)
- Prévalences et évolutions de la dépression selon les profils sociodémographiques (% ; données pondérées)
- Prévalences e évolutions de la dépression selon les conditions de vie liées à l'épidémie de COVID-19 (% ; données pondérées)

Problèmes de sommeil et consommation de médicaments psychotropes
Prévalences et évolutions de la consommation de médicaments psychotropes selon les profils sociodémographiques (% ; données pondérées)
Prévalences et évolutions de la consommation de médicaments psychotropes selon les conditions de vie liées à l’épidémie de COVID-19 et au confinement (% ; données pondérées)
- Prévalences et évolutions des problèmes de sommeil selon les profils sociodémographiques (% ; données pondérées)
- Prévalences et évolutions des problèmes de sommeil selon les conditions de vie liées à l'épidémie de COVID-19 (% ; données pondérées)

Prévalences et évolutions des indicateurs de santé mentale et des problèmes de sommeil (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020
Prévalences et évolutions des indicateurs de santé mentale et des problèmes de sommeil (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020
Notes de lecture : lorsqu'une marque (rond) est pleine, la proportion est significativement différente de celle de la vague précédente. Lorsque la dernière marque de la série (Vague 8) est associée à une étoile, cette proportion est significativement différente de celle du premier point de la série (Vague 1 ou 2 selon l'indicateur ; test de Wald ajusté), * : p<0,05 ; ** : p<0,01 ; *** : p<0,001.HAD : Hospitality Anxiety and Depression scale.

Adoption des mesures de protection face à l’épidémie de COVID-19

Synthèse : vague 1 (23-25 mars), vague 2 (30 mars-1er avril) et vague 3 (14-16 avril), vague 4 (20-22 avril), vague 5 (28-30 avril), vague 6 (4-6 mai), vague 7 (13-15 mai), vague 8 (18-20 mai)

  • 7 mesures de protection recommandées par les pouvoirs publics pendant le confinement :
    • 4 mesures d’hygiène : se laver régulièrement les mains, saluer sans serrer la main et éviter les embrassades, tousser dans son coude, utiliser un mouchoir à usage unique,
    • 3 mesures de distanciation physique : rester confiné le plus possible, limiter toutes formes d'interactions, garder une distance d'au moins un mètre).
  • Le nombre de mesures de protection systématiquement adoptées sur les 7 recommandées a diminué entre les vagues 2 et 6, tout en restant à un niveau élevé (5,25 mesures systématiquement adoptées sur 7 en vague 6). Chacune des mesures de protection recommandées sont concernées, à  l’exception de se saluer sans se serrer la main et éviter les embrassades qui est resté stable. 
  • Diminution plus importante de l’adoption systématique des mesures de protection suite à la levée du confinement (vague 7 et 8), passant de 5,25 (vague 6) à 4,66 mesures systématiquement adoptées en vague 8. 
  • Cette baisse observée en vague 7 et 8 a concerné l’adoption systématique des mesures de distanciation physique. La baisse de cet indicateur (intégrant notamment le fait de rester confiné le plus possible), très marquée en vague 7 et 8, est cohérente avec la levée du confinement et la reprise de l’activité économique.
  • L’adoption des mesures d’hygiène est quant à elle restée stable après la levée du confinement.
  • Le port systématique du masque en public (qui ne faisait pas partie des 7 mesures recommandées durant la période de confinement) est la seule mesure de protection qui a augmenté de manière significative, passant de 15,1% en vague 2 à 51,4% en vague 8.
  • En vague 8 (2e semaine après la levée du confinement), les facteurs associés à une moindre adoption des mesures de protection (nombre moyen de mesures systématiquement adoptées parmi les 7), après contrôle des autres facteurs étaient : 
    • Facteurs sociodémographiques : être un homme, être âgé de 18 à 34 ans, être fumeur de tabac, avoir un faible niveau de littératie en santé (motivation et compétence des individus à accéder, comprendre, évaluer et utiliser l'information pour prendre des décisions concernant leur santé).
    • Facteurs liés au COVID-19 : ne pas percevoir le COVID-19 comme une maladie grave, ne pas ressentir plus de peur que d’habitude.
    • Facteurs liés à la perception des mesures de protection : avoir des proches qui n'adoptent pas ou n'approuvent pas les mesures de protection, se sentir peu capable de les mettre en œuvre, percevoir les mesures comme peu efficaces ou contraignantes.
  • Conclusion
    • Le nombre moyen de mesures de protection systématiquement adoptées (parmi les 7 recommandées) a progressivement diminué entre fin mars et fin mai ; il est resté très élevé durant la période de confinement.
    • Cette diminution est logiquement portée par une réduction de l’adoption des mesures de distanciation physique qui s’est accélérée en vagues 7 et 8 du fait de la levée du confinement.
    • L’adoption des mesures d’hygiène est quant à elle restée stable après la levée du confinement.
    • La seule mesure qui a augmenté est le port du masque en public (qui ne faisait pas partie des mesures recommandées pendant le confinement), avec une augmentation à chaque vague d’enquête.
    • Le maintien de l’adoption des mesures permettant de réduire la circulation du virus, sans contribuer à l’augmentation des états anxieux au sein de la population, devra passer par l’installation de nouvelles normes sociales et comportementales de protection.
    • Pour accompagner ces évolutions, il faudra communiquer avec clarté et simplicité sur les modes de transmission du virus, sur les mesures à adopter et créer un environnement favorable à la mise en œuvre de ces mesures (gel hydroalcoolique en libre accès à l’entrée des lieux publics, port du masque et organisation de la distanciation physique dans les lieux publics très fréquentés).
    • La stratégie qui doit être recommandée à l’échelle individuelle et comportementale est une stratégie de prévention combinée associant les différentes mesures de protection. 

Résultats détaillés

Prévalences et évolutions par indicateur 
Prévalences, moyennes et évolutions des indicateurs d’adoption systématique des mesures de protection pendant l'épidémie de COVID-19 (%, moyennes ; données pondérées)

Adoption des 4 mesures d’hygiène et des 3 mesures de distanciation physique
Prévalences et évolutions de l’adoption systématique des 4 mesures d'hygiène selon les profils sociodémographiques  (% ; données pondérées)
Prévalences et évolutions de l'adoption systématique des 4 mesures d'hygiène selon les conditions de vies liées à l'épidémie de COVID-19 (% ; données pondérées)
- Prévalences et évolutions de l'adoption systématique des 3 mesures de distanciation physique selon les profils sociodémographiques (% ; donnés pondérées)
- Prévalences et évoluions de l'adoption systématique des 3 mesures de distanciation physique selon les conditions de vies liées à l'épidémie de COVID-19 (% ; données pondérées)

Nombre de mesures de protection systématiquement adoptées (hygiène + distanciation physique)
Nombre de mesures de protection systématiquement adoptées et évolutions selon les profils socio-démographiques (moyennes ; données pondérées)
Nombre de mesures de protection systématiquement adoptées et évolutions selon les conditions de vie liées à l'épidémie de COVID-19 (moyennes ; données pondérées)
Déterminants cognitifs (perception de la maladie et des mesures de protection) du nombre moyen de mesures de protection systématiquement adoptées et évolutions (%, moyennes, associations ; données pondérées)

Prévalences et évolutions de l'adoption systématique des mesures de protection (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020
Prévalences et évolutions de l'adoption systématique des mesures de protection (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020
Notes de lecture : lorsqu'une marque (rond) est pleine, la proportion est significativement différente de celle de la vague précédente. Lorsque la dernière marque de la série (Vague 8) est associée à une étoile, cette proportion est significativement différente de celle du premier point de la série (Vague 2 ; test de Wald ajusté), *: p<0,05 ; **: p<0,01 ; ***: p<0,001.

Evolution des usages de tabac et d’alcool pendant le confinement

Synthèse vague 2 (30 mars-1er avril)

Les analyses présentées portent sur les évolutions déclarées des niveaux de consommation de tabac et d'alcool pendant le confinement.

Evolution des usages de tabac

Parmi les fumeurs interrogés (n=422) :

  • 27% déclarent que leur consommation de tabac a augmenté depuis le confinement
  • 55% qu’elle est stable
  • 19% qu’elle a diminué

Les individus déclarant avoir augmenté leur consommation étaient quasiment tous déjà fumeurs avant le confinement (94%). La hausse moyenne du nombre de cigarettes fumées par les fumeurs quotidiens est de 5 cigarettes par jour.

Les raisons mentionnées par les fumeurs déclarant avoir augmenté leur consommation étaient dans l’ordre (n=104, plusieurs réponses possibles) :

  • l’ennui, le manque d’activité (74%)
  • le stress (48%)
  • le plaisir (10%)

L’augmentation de la consommation de tabac est plus fréquemment mentionnée par :

  • les 25-34 ans (41%)
  • les actifs travaillant à domicile (37%)
  • les femmes (31%)

L’augmentation de la consommation de tabac augmente avec le niveau d’anxiété et elle est plus fréquente en cas de dépression probable ou certaine. 

Evolution des usages d’alcool

Parmi les usagers d’alcool interrogés (n=1344) :

  • 11% déclarent que leur consommation d’alcool a augmenté depuis le confinement
  • 65% qu’elle est stable
  • 24% qu’elle a diminué

Les raisons mentionnées par les consommateurs d’alcool déclarant avoir augmenté leur consommation étaient dans l’ordre :

  • le plaisir (45%)
  • l’ennui, le manque d’activité (32%)
  • le stress (15%)

Ils sont 51% à déclarer avoir augmenté leur fréquence de consommation, 10% le nombre de verres bus les jours de consommation et 23% les deux paramètres (notons que les données détaillées sont incohérentes pour 15% des répondants).

L’augmentation de la consommation d’alcool est plus fréquemment mentionnée par :

  • les moins de 50 ans (entre 14% et 17% selon les classes d’âge)
  • les individus vivant dans une ville de plus de 100 000 habitants (13%)
  • Les parents d’enfants de moins de 16 ans (18%)

L’augmentation de la consommation d’alcool augmente avec le risque d’anxiété et de dépression. 

Evolution du poids et de comportements liés à l’alimentation pendant le confinement

Synthèse vague 3 (14-16 avril)

Les analyses présentées portent sur les évolutions déclarées du poids, du grignotage, du « cuisiner des plats-maison », de l’accessibilité des produits alimentaires et de l’attention portée à son budget alimentaire.

Evolution du poids

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 27% déclarent avoir pris du poids
  • 11% en avoir perdu
  • 62% avoir un poids stable

Avoir pris du poids est plus fréquemment mentionné :

  • en cas de situation financière très difficile (36%)
  • par les parents (34%)
  • les moins de 40 ans (31%)
  • par ceux mangeant en plus grande quantité (66%) et grignotant davantage entre les repas (60%) que d’habitude
  • en cas de troubles dépressifs (42%), de problèmes de sommeil (36%) et de niveau élevé d’anxiété (37%)

Avoir perdu du poids est plus fréquemment mentionné :

  • par les moins de 40 ans (14%)
  • ceux mangeant en moindre quantité (33%) et grignotant moins (25%) que d’habitude
  • en cas de niveau élevé d’anxiété (14%)

Evolution du grignotage

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 22% déclarent grignoter entre les repas plus que d’habitude
  • 17% moins que d’habitude
  • 61% n’ont rien changé

Evolution du "cuisiner des plats-maison"

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 37% déclarent cuisiner des plats-maison plus que d’habitude
  • 4% moins que d’habitude
  • 59% n’ont rien changé

Evolution de l’accessibilité des produits alimentaires

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 57% déclarent trouver moins que d’habitude les aliments qu’ils souhaitent dans les magasins
  • 3% plus que d’habitude
  • 40% autant qu’avant

Evolution de l’attention portée au budget alimentaire

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 23% portent plus d’attention que d’habitude à leur budget alimentaire
  • 14% moins que d’habitude
  • 63% n’ont rien changé

Grignoter entre les repas plus que d’habitude, trouver moins que d’habitude les aliments que l’on souhaite dans les magasins et porter plus d’attention que d’habitude à son budget alimentaire est plus fréquemment mentionné par les moins de 40 ans, les parents, les femmes, en cas de situation financière très difficile.
C’est également le cas pour les personnes présentant des troubles dépressifs, ayant des problèmes de sommeil et en cas d’anxiété. 

3 questions à Enguerrand du Roscoat, responsable de l'unité santé mentale, direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France

Pourquoi la santé mentale est-elle si importante en période de confinement ?

La santé mentale, en particulier les troubles anxieux, sont identifiés dans les publications internationales comme un risque majeur lié à la situation épidémique (peur de la maladie pour soi et son entourage) et aux conditions de vie en période de confinement (promiscuité, isolement social, perte de salaire, frustration…). Il est ainsi prioritaire de maintenir un niveau minimal de bien-être et de prévenir à court terme le développement de troubles au sein de la population afin de limiter la sollicitation du système de santé et en particulier des hôpitaux et des urgences par l’afflux des personnes présentant des symptômes d’anxiété ou de stress aigus. Enfin, une dégradation de la santé mentale pourrait avoir des conséquences sur l’adoption d’habitudes de vie défavorables (consommation d’alcool et autres substances psychoactives, nutrition, sommeil…), contribuer à l’augmentation des violences (notamment intrafamiliale) ou encore participer au fardeau économique (arrêts de travail…). 

Quelles informations recherchez-vous en particulier ?

Nous cherchons à estimer l’état de bien-être et la prévalence de troubles psychiques (en particulier anxio-dépressifs) au sein de la population, à identifier les segments de population les plus vulnérables et à en suivre l’évolution afin de veiller à ce que les inégalités ne se creusent pas pendant la période de confinement. 

Après l’enquête, quelles actions concrètes ?

L’analyse des données recueillies après chaque vague ainsi que leurs évolutions nous permettront de mieux répondre aux besoins. L’identification des populations les plus vulnérables et des facteurs associés au bien-être, au mal-être ou aux troubles, sera utile pour mieux orienter et cibler l’offre de prévention.