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Cigarette électronique, tentatives d'arrêt et arrêt du tabac : un suivi à 6 mois

Electronic cigarette, quit attempts and smoking cessation: a 6-month follow-up

Dès 2014, Santé publique France s’intéressait à la cigarette électronique et lançait la première enquête nationale d’envergure qui a permis d’établir le nombre d’utilisateurs d’e-cigarette. Aujourd’hui, la e-cigarette est utilisée quotidiennement par 3 % des Français. Trois ans plus tard, Santé publique France publie dans la revue Addiction1 l’article « Cigarette électronique, tentatives d’arrêt et arrêt du tabac : un suivi à 6 mois / Electronic cigarette, quit attempts and smoking cessation: a 6-month follow-up ».

3 questions à Anne Pasquereau, 1re auteure de l'article

Quel est le contexte de santé publique qui a motivé cette étude ?

L’une des missions de Santé publique France est de contribuer à identifier les interventions efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer, le tabagisme étant la première cause de mortalité évitable en France avec 73 000 décès en 2013.

La question qui se pose est : la e-cigarette est-elle un outil efficace pour l’arrêt du tabac ?
La réponse à cette question reste à ce jour controversée : d’un côté, les deux essais contrôlés randomisés publiés à ce jour montrent que la e-cigarette peut être efficace pour aider à l’arrêt du tabac, de l’autre, des études de cohorte en population générale sont plus réservées quant à son efficacité.

Dans ce contexte, cette étude est la première à apporter des résultats sur le rôle de la e-cigarette parmi les fumeurs Français. Notre objectif était d’évaluer si l’utilisation régulière d’e-cigarette parmi les fumeurs quotidiens était associée 6 mois plus tard à l’arrêt du tabac. L’étude décrite dans cet article est une étude observationnelle, portant sur le devenir des fumeurs en conditions réelles, et non pas à proprement parler une étude d’efficacité. Nous avons donc interrogé à 6 mois d’intervalle en septembre 2014 et mars 2015 plus de 2 000 fumeurs âgés de 15 à 85 ans, représentatifs des fumeurs français selon la méthode des quotas.

Quels sont les principaux résultats et les spécificités de cette étude ?

Les fumeurs qui vapotaient régulièrement (vapo-fumeurs) ont été comparés aux fumeurs exclusifs (qui ne vapotaient pas). Les profils socio-économiques et les caractéristiques de consommation de tabac des fumeurs ont été pris en compte dans les analyses statistiques.

A 6 mois, les trois principaux constats de cette étude sont :

  • Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir réduit de moitié ou plus leur consommation quotidienne de cigarettes : 26 % versus 11 %.
  • Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir tenté d’arrêter de fumer au moins 7 jours au cours du dernier mois : 23 % versus 11 %.
  • Concernant l’arrêt du tabac d’au moins 7 jours à 6 mois, il n’y avait pas de différence significative entre vapo-fumeurs et fumeurs exclusifs.

En conclusion, cette étude montre que l’utilisation régulière d’e-cigarette est liée à une réduction de la consommation de tabac et à des tentatives d’arrêt plus fréquentes, mais n’apporte pas de preuve quant à son efficacité en termes d’aide à l’arrêt du tabac.

Cette étude porte sur des fumeurs de la population générale suivis en conditions réelles. Un contexte différent des essais cliniques où les fumeurs sont suivis de près et où la e-cigarette est fournie gratuitement et peut être perçue comme l’outil qui va enfin permettre d’arrêter de fumer, ce qui peut influencer le comportement des fumeurs. Par ailleurs, l’originalité de notre étude est de se concentrer sur les fumeurs qui vapotent régulièrement, en excluant les vapoteurs occasionnels.

Comme toute étude scientifique, elle comporte aussi des limites qu’il convient de rappeler : la durée du suivi est relativement courte, l’échantillon de vapo-fumeurs est de taille modeste. Enfin le fait d’être devenu vapo-fumeur peut refléter une volonté initiale de cesser de fumer qui se traduit in fine par des tentatives d’arrêt plus fréquentes.

Qu’apporte cette étude pour Santé publique France ?

Les résultats de l’étude vont dans le même sens que les recommandations faites par le Haut Conseil en Santé Publique publiées en février 2016. Basés sur celles-ci, les messages et recommandations de Santé publique France concernant la place de la e-cigarette dans le sevrage tabagique restent donc d’actualité. Le discours tenu sur le site « Tabac info service » de Santé publique France précise ainsi : « La e-cigarette peut constituer une aide pour arrêter ou réduire sa consommation de tabac. […] Cependant, l’arrêt complet doit rester votre objectif car même quand on fume peu, les risques pour la santé sont importants. […] En usage exclusif elle est beaucoup moins dangereuse que la cigarette classique car le vapoteur n’inhale pas les substances toxiques du tabac. »

Santé publique France continuera à suivre l’évolution de l’usage d’e-cigarette en France via ses enquêtes Baromètres santé. Ces données et celles du domaine de la recherche permettront d’avancer dans la réflexion sur la place de la e-cigarette dans le sevrage tabagique.