Épidémie de Salmonellose à Salmonella enterica sérotype Agona chez des nourrissons en France – Point au 9 janvier 2018

Entre août et décembre 2017, plusieurs nourrissons ont été identifiés par le Centre national de référence des Salmonella comme atteints d’une salmonellose à Salmonella sérotype Agona. La consommation de laits de marque Pepti Junior de Picot, Picot SL, Picot anti-colique, Picot riz et Milumel Bio 1 sans huile de palme a été rapportée par les parents de ces nourrissons. Santé publique France publie un point sur les investigations en cours et rappelle les principes d’hygiène à respecter lors de la préparation des biberons.

Point sur la situation

Le Centre national de référence (CNR) des Salmonella (Institut Pasteur, Paris) a identifié, fin novembre 2017, un nombre inhabituel de jeunes enfants présentant une salmonellose à Salmonella sérotype Agona. L'identification de 8 cas en 8 jours a déclenché l’alerte et les investigations épidémiologiques dès le 1er décembre auprès des parents des bébés concernés.

L’investigation épidémiologique est menée par Santé publique France en lien avec le CNR, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et la Direction générale de la santé (DGS). Elle a permis d’identifier à ce jour 37 nourrissons (16 garçons et 21 filles, médiane d’âge 4 mois (min : 2.5 semaines, max : 9 mois)) présentant une salmonellose à Salmonella sérotype Agona, survenue entre mi-août et le 2 décembre 2017. Toutes ces souches appartiennent à un même clone épidémique. Un des cas a été identifié rétrospectivement par le CNR et a développé des symptômes fin avril 2017 (figure 1). Ces 37 nourrissons résident dans 10 régions différentes (10 en Auvergne-Rhône-Alpes, 6 en Ile-de-France, 4 en Bourgogne Franche Comté, 3 en Pays de Loire, 3 en Occitanie, 3 en Paca, 2 en Nouvelle Aquitaine, 3 en Centre-Val-de-Loire, 2 en Hauts de France, 1 en Normandie) (figure 2).

Figure 1 - Distribution des cas d'infection par S. Agona (clone épidémique) par semaine de diagnostic au CNR, France, avril-décembre 2017 (n=37)

A ce jour, les familles de 36 nourrissons ont pu être interrogées. Parmi eux, 18 ont été hospitalisés en raison de leur salmonellose, tous sont sortis de l’hôpital. Lors des interrogatoires téléphoniques, les parents rapportaient que leurs bébés allaient bien.

Parmi ces 36 nourrissons, 35 ont consommé, dans les 3 jours précédant la date de début de leurs symptômes, des laits de marque : Pepti Junior de Picot (26 nourrissons), Milumel Bio 1 sans huile de palme (5 nourrissons), Picot Riz (2 nourrissons), Picot SL (1 nourrisson), et Picot anti-colique (1 nourrisson) ; ces 5 laits sont élaborés sur un même site de production. Une maman d’un nourrisson rapporte un allaitement maternel exclusif.

Figure 2 - Distribution géographique des 37 nourrissons présentant une salmonellose à Salmonella sérotype Agona (clone épidémique), France, avril-décembre 2017

Les résultats de l’investigation suggèrent fortement que les laits Pepti Junior de Picot, Picot SL, Picot Riz, Picot anti-colique et Milumel Bio 1 sans huile de palme, tous produits sur le même site, sont à l’origine de ces infections à Salmonella Agona.

Les cas recensés lors de cette investigation correspondent à des nourrissons ayant eu une diarrhée suite à la consommation de ces laits, ayant fait l’objet de consultation médicale et de coproculture (analyse de selles), pour lesquels les laboratoires ont isolé une souche de Salmonella transmise au CNR. Il est possible que certains cas n’aient pas été recensés. Néanmoins, ces cas non recensés sont en général moins graves et leur nombre est probablement limité du fait d’un recours aux soins plus systématique chez les nourrissons et pour les infections sévères.

Investigations microbiologiques

Le CNR a identifié sur la base de l’analyse génomique des souches un clone épidémique parmi les souches de S. Agona reçues en 2017.

Compte tenu de la distribution internationale de ces laits, le CNR a rendu publique la séquence de la souche épidémique sur EBI-ENA sous le numéro ERR2219379. Les CNR et les points focaux des pays concernés en ont été informés, afin qu’ils puissent comparer leurs séquences de souches de S. Agona avec celle de l’épidémie française.

La souche épidémique a des caractéristiques biochimiques spécifiques reconnaissables par les biologistes des laboratoires : elle ne produit ni H2S ni gaz sur milieu Kligler-Hajna, ce qui est inhabituel pour les Salmonella non-typhiques.

Par ailleurs, cette souche ne présente pas de résistance antibiotique particulière.

Mesures de gestion

Plusieurs mesures consécutives de retraits et rappels d’une large gamme de laits produits par la même entreprise ont été prises depuis le 2 Décembre 2017. La liste de ces produits est disponible sur le site de la DGCCRF.

L’établissement producteur a mis également à disposition des parents un numéro vert  - 0800 120 120 (ouvert de 9h00 à 20h00). Cette plate-forme téléphonique est destinée à répondre aux interrogations des parents sur les produits rappelés.

Conseil à l'attention des parents

Les parents qui utiliseraient une boîte de lait infantile en poudre concernée par cette mesure de retrait-rappel doivent changer immédiatement de lait. La Société française de pédiatrie (SFP) a formulé des recommandations de substitutions possibles en ce sens qui sont également publiées sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé. Ces recommandations ont également été transmises aux médecins généralistes, pédiatres, sages-femmes et pharmaciens.

Santé publique France rappelle les principes d’hygiène à respecter lors de la préparation des biberons :

  • chaque manipulation doit être précédée d’un lavage soigneux des mains à l’eau et au savon ;
  • les biberons ne doivent pas être préparés à l’avance ;
  • les biberons doivent être nettoyés aussitôt après usage.

Rappels sur la maladie

Les infections à Salmonella surviennent généralement dans les 3 jours suivant l’ingestion, et provoquent un tableau de gastro-entérite avec des vomissements, une diarrhée parfois sanglante, et fébrile dans la majorité des cas. L’apparition de ces signes chez un nourrisson doit conduire les familles à consulter un médecin sans attendre.

Salmonella Agona fait partie des quelques 2 000 sérotypes de Salmonella pathogènes chez l’homme. De 2012 à 2016, le CNR des Salmonella a identifié environ 65 souches de Salmonella Agona par an tout âge confondu. Comme la plupart des autres sérotypes de Salmonelle, Salmonella Agona est retrouvé en France dans divers réservoirs animaux parmi lesquels les volailles, les bovins, les porcs et les aliments pour animaux.

Plusieurs épidémies de salmonellose à Salmonella Agona ont été rapportées dans le passé, en particulier une épidémie attribuée à la consommation de lait en poudre chez des nourrissons en France en 20051, une épidémie chez des nourrissons en Allemagne attribuée à la consommation de tisanes à base de fenouil et d’anis2, et des épidémies attribuées à la consommation de goûters à la cacahuète3 ou de céréales à base d’avoine4.

Références
1Brouard C, Espie E, Weill FX, Brisabois A, Kerouanton A, Michard J, Hulaud D, Forgues AM, Vaillant V, de Valk H. Epidémie de salmonellose à Salmonella enterica sérotype Agona liée à la consommation de poudres de lait infantile, France, janvier-mai 2005. Bull Epidemiol Hebd 2006;(33):248-50.
2Koch J, Schrauder A, Werber D, Alpers K, Rabsch W, Prager R, Broll S, Frank C, Roggentin P, Tschäpe H, Ammon A and Stark K. A nation-wide outbreak of Salmonella Agona in infants due to aniseed in herbal tea, Germany, October 2002-July 2003. 5th World Congress, Foodborne Infections and Intoxications, 7-11 June 2004, Berlin, Germany.
3Killalea D, Ward LR, Roberts D, et al. International epidemiological and microbiological study of outbreak of Salmonella Agona infection from a ready to eat savoury snack -- I: England and Wales and the United States. BMJ 1996;311-13.
4From the Centers for Disease Control and Prevention. Multistate outbreak of Salmonella serotype Agona infections linked to toasted oats cereal--United States, April-May, 1998. JAMA. 1998 Aug 5;280(5):411.